Le chien qui tire en laisse
Tirer marche, et c’est tout le problème. Pourquoi la méthode de l’arrêt échoue en promenade, et ce qui la rend applicable.
Par Julien Bassot · · 7 min de lecture

Photographie éditoriale multi-races Babinou choisie pour l’article « Le chien qui tire en laisse ».
L’essentiel
- Le chien tire parce que tirer le fait avancer, à chaque pas et sans exception. C’est un apprentissage, pas un tempérament.
- Une laisse tendue déclenche chez le chien une poussée vers l’avant : plus vous retenez, plus il pousse.
- La méthode de l’arrêt est correcte et inapplicable sur une promenade entière. Il faut deux sorties différentes : une pour renifler, une pour travailler.
- Au début, on récompense tous les deux ou trois pas. La plupart des échecs viennent d’un rythme de récompense dix fois trop faible.
- La laisse à enrouleur enseigne la tension permanente : elle a des usages, la marche en ville n’en fait pas partie.
Sommaire6 sections — ouvrir le sommaire
C’est le problème le plus répandu et le plus simple à expliquer : le chien fait ce qui marche. Il avance vers l’odeur, vers le poteau, vers l’autre chien, et il y arrive en tirant. Quinze minutes de promenade lui confirment plusieurs centaines de fois que c’est la bonne méthode. Aucune séance hebdomadaire ne rivalise avec ce taux de réussite.
Deux mécaniques, et non une

- Ce qui paye. La traction est suivie d’un déplacement vers ce que le chien voulait. C’est immédiat, systématique, et cela suffit.
- Ce qui pousse. Une pression sur le corps déclenche une poussée en sens inverse. Un chien retenu tire davantage, et l’humain retient plus fort en retour. La promenade devient une négociation permanente entre deux forces.
C’est aussi pour cela que la laisse doit être détendue au départ
Pourquoi la bonne méthode échoue
La règle est connue : laisse tendue, on s’arrête ; laisse détendue, on repart. Elle est juste. Elle devient impraticable dès qu’on essaie de l’appliquer à une promenade de trente minutes, parce qu’on s’arrête cent fois, qu’on n’arrive nulle part, et qu’on finit par laisser courir « juste pour rentrer ». Le chien apprend alors la chose la plus solide qui soit : parfois cela marche.
Séparez les deux sorties
La séance, minute par minute
- 1Commencez dans le couloir, la cour ou le jardin. La rue est un examen, pas un lieu d’apprentissage.
- 2Laissez d’abord le chien renifler cinq minutes, en longe. Un chien qui n’a pas vidé son excitation ne peut rien apprendre.
- 3Marchez en payant tous les deux ou trois pas tant que la laisse pend. Oui, c’est beaucoup ; c’est le seul moyen de concurrencer ce que la rue offre.
- 4Dès que la laisse se tend, arrêtez-vous net, sans tirer et sans parler. Attendez que la tension disparaisse d’elle-même.
- 5Repartez, et payez immédiatement les deux premiers pas détendus.
- 6Arrêtez la séance au bout de dix minutes, avant que le chien ou vous ne fatiguiez. Une séance courte et réussie vaut mieux qu’une longue qui finit mal.
Le demi-tour, quand l’arrêt ne suffit plus
Ce qui se mesure
Le nombre de séances ne dit rien, et « il tire toujours autant » est une impression, souvent fausse. Comptez plutôt la distance parcourue avant la première tension, sur le même trajet, une fois par semaine. Vingt mètres en janvier, soixante en mars : c’est ce genre de chiffre qui empêche d’abandonner un travail qui progressait.
Le parcours proposé dans ce guide
- Deux mécaniques, et non une
- Pourquoi la bonne méthode échoue
- La séance, minute par minute
- Ce qui se mesure
Le matériel
- Un harnais bien ajusté répartit la traction et protège le cou. Il ne fait pas tirer davantage : cette idée vient des harnais de traction, dont la coupe et l’usage n’ont rien à voir.
- Un point d’attache à l’avant aide à orienter un chien puissant. C’est de la gestion, pas de l’apprentissage : cela rend la promenade tenable pendant qu’on travaille.
- Une laisse fixe de deux mètres pour les séances, une longe de cinq à dix mètres pour les sorties de flair.
- La laisse à enrouleur maintient une tension constante par construction, et enseigne donc exactement ce qu’on cherche à défaire. Elle a des usages en terrain dégagé, pas sur un trottoir.
Le matériel qui agit par l’inconfort
Ce qui rend la tâche impossible
- Vouloir travailler à chaque sortie, y compris quand on est pressé le matin.
- Récompenser rarement, en pensant que le chien devrait comprendre.
- Changer de règle selon la personne qui tient la laisse.
- Commencer en ville, aux heures de passage.
- Attendre une marche au pied. L’objectif réaliste est une laisse détendue, avec un chien qui a le droit de renifler et de s’écarter.
Quand ce n’est pas une question de marche
Ce que Babinou ne fait pas
Sources
4 références utilisées : recommandations de sociétés vétérinaires, consensus et études originales. Le texte distingue une association observée d’un lien de cause à effet démontré.
- AVSAB — Humane Dog Training Position Statement (nouvel onglet)
- Cooper et al., 2014 — Welfare consequences and efficacy of training pet dogs with remote electronic collars (PubMed) (nouvel onglet)
- Vieira de Castro et al., 2020 — Does training method matter? Evidence for the negative impact of aversive-based methods (PubMed) (nouvel onglet)
- Casey et al., 2013 — Inter-dog aggression: prevalence, contexts and risk factors (PubMed) (nouvel onglet)
Propriétaire d’un chien adopté, rédacteur du comportement et de l’éducation
J’ai adopté un chien de six ans dont personne ne connaissait le passé. Les trois premiers mois ont été une succession d’essais ratés, et la seule chose qui m’a permis d’avancer a été de noter ce qui se passait avant, pendant et après chaque épisode difficile.


