Mon chien se lèche les pattes
Une patte ou les quatre : c’est la question qui oriente tout. Ce qui se regarde entre les doigts, et pourquoi l’ennui arrive en dernier.
Par Nadia Belkacem · · 6 min de lecture

Photographie éditoriale multi-races Babinou choisie pour l’article « Mon chien se lèche les pattes ».
L’essentiel
- Une seule patte oriente vers quelque chose de local ; les quatre orientent vers une cause générale, le plus souvent allergique.
- Un léchage brutal d’une patte à la belle saison évoque un épillet entre les doigts : cela se voit le jour même.
- La coloration brun-roux du poil vient de la salive : elle date le léchage, et elle prouve qu’il dure depuis des semaines.
- Un chien peut lécher une patte alors que la douleur vient du coude ou de l’épaule au-dessus.
- L’explication par l’ennui arrive en dernier, et rarement seule : le léchage a commencé pour une autre raison, dans la très grande majorité des cas.
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C’est un motif de consultation très fréquent, et l’explication « il s’ennuie » arrive presque systématiquement en premier alors qu’elle devrait arriver en dernier. Un chien qui se lèche les pattes fait quelque chose de précis, à un endroit précis, et cet endroit est visible sans matériel.
La question qui oriente tout

| Ce qu’on observe | Ce que cela évoque |
|---|---|
| Une seule patte, brutalement | Un corps étranger, une plaie, une griffe, une douleur au-dessus |
| Une seule patte, depuis longtemps | Une lésion installée, parfois entretenue par le léchage lui-même |
| Les quatre pattes | Une cause générale, souvent allergique |
| Les pattes, plus les oreilles, le ventre, le museau | Le tableau allergique typique, et c’est la répartition qui le dit |
| Après chaque sortie, l’hiver | Le sel de déneigement et les produits d’épandage |
Ce qui se regarde, patte en main
- 1Écartez les doigts un par un et regardez entre eux : c’est là que tout se cache, et c’est le seul endroit qu’on ne voit pas sans le faire exprès.
- 2Cherchez un petit trou, une bosse, une croûte, une goutte de pus : le passage d’un épillet laisse une marque discrète.
- 3Regardez les coussinets : une fente, une brûlure, un corps étranger enfoncé, une zone plus tendre.
- 4Vérifiez les griffes, y compris l’ergot, qui pousse en spirale et rentre parfois dans le coussinet.
- 5Sentez : une odeur douceâtre ou de moisi signe une prolifération, et se dit au vétérinaire.
- 6Comparez avec la patte opposée. C’est le meilleur repère dont vous disposiez.
La coloration brun-roux
L’épillet, en été
Une patte, brutalement, de mai à septembre
Quand la douleur vient d’ailleurs
Un chien lèche parfois une patte alors que la gêne siège au-dessus : le poignet, le coude, l’épaule, ou même la colonne. Le léchage devient alors le seul signe visible d’une articulation douloureuse, et l’on cherche pendant des mois du côté de la peau. Deux éléments doivent y faire penser : un léchage qui se concentre toujours au même endroit sur une peau normale, et un chien qui a par ailleurs changé quelque chose — un saut évité, un démarrage plus raide.
Du premier repère à la décision
- La question qui oriente tout
- Ce qui se regarde, patte en main
- L’épillet, en été
- Quand la douleur vient d’ailleurs
Le tableau allergique
Quand les quatre pattes sont concernées, et plus encore si les oreilles, le ventre, les aisselles ou le pourtour des yeux le sont aussi, la répartition parle d’elle-même. C’est ce dessin sur le corps, davantage que l’intensité, qui oriente vers une sensibilité de fond. Deux précisions comptent alors et se notent : l’âge auquel cela a commencé, et si cela suit les saisons ou non.
Les puces se cherchent quand même
Ce qu’il ne faut pas faire avant l’examen
- Aucune crème ni antiseptique humain. Ils modifient la peau que le vétérinaire doit voir, et certains sont irritants.
- Pas de ciseaux pour dégager le poil autour d’une lésion : la peau d’un chien est fine et se coupe très facilement.
- Pas de collerette seule. Elle empêche le léchage sans traiter la cause, et le chien reprend dès qu’on la retire.
- Pas de pansement improvisé, qui macère et aggrave en quelques heures.
- Ne pas attendre l’été suivant pour un léchage saisonnier : c’est justement l’information qu’il faut apporter maintenant.
Ce qui aide, une fois la cause traitée
- 1Rincez et séchez les pattes après les sorties hivernales, sel et produits d’épandage compris, en insistant entre les doigts.
- 2Séchez aussi après la pluie et la baignade : l’humidité entre les doigts entretient beaucoup de choses.
- 3Coupez les poils entre les coussinets si votre vétérinaire l’indique, avec une tondeuse et non des ciseaux.
- 4Entretenez les griffes, dont la longueur modifie l’appui et crée son propre inconfort.
- 5Photographiez la patte une fois par semaine, du même angle : c’est ce qui permettra de dire si le traitement agit.
Ce que Babinou ne fait pas
Les mots employés ici
Leur définition, en deux lignes, sans interprétation.
Sources
4 références utilisées : recommandations de sociétés vétérinaires, consensus et études originales. Le texte distingue une association observée d’un lien de cause à effet démontré.
- Hensel et al., 2015 — Canine atopic dermatitis: detailed guidelines for diagnosis and allergen identification (PubMed) (nouvel onglet)
- Olivry et al., 2015 — ICADA updated treatment guidelines for canine atopic dermatitis (PubMed) (nouvel onglet)
- WSAVA Global Pain Council — Recognition, Assessment and Treatment of Pain Guidelines (nouvel onglet)
- ESCCAP — Guideline 03: Control of Ectoparasites in Dogs and Cats (nouvel onglet)
Propriétaire d’un chien suivi pour une maladie chronique, rédactrice santé et examens
Pendant quatre ans, j’ai accompagné une chienne atteinte d’insuffisance rénale chronique. J’ai appris à recopier un compte rendu ligne à ligne, à faire une bandelette urinaire à la maison et à préparer mes questions avant la consultation, parce que je repartais sinon avec la moitié des réponses.


