Urgences vétérinaires : les reconnaître
Les situations qui ne se surveillent pas, ce qu’il faut dire dans les vingt premières secondes au téléphone, et ce qu’on prépare avant de partir.
Par Nadia Belkacem · · 7 min de lecture

Photographie éditoriale multi-races Babinou choisie pour l’article « Urgences vétérinaires : les reconnaître ».
L’essentiel
- Certaines situations ne se surveillent pas : difficulté respiratoire, convulsions, ventre tendu avec efforts de vomissement à vide, impossibilité d’uriner, hémorragie, ingestion toxique.
- On appelle avant de partir. La clinique prépare l’accueil, et elle dit parfois de venir plus vite que ce que l’on croyait.
- Ce qu’on dit dans les vingt premières secondes oriente tout : le poids, ce qui s’est passé, l’heure, l’état de conscience, la respiration, la couleur des gencives.
- On ne fait jamais vomir un chien de sa propre initiative : plusieurs produits font davantage de dégâts en remontant.
- Le numéro de la garde et le trajet jusqu’à elle se cherchent un dimanche calme, pas la nuit où l’on en a besoin.
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Cette page ne sert pas à inquiéter. Elle sert à éviter les deux erreurs qui coûtent le plus cher : attendre le lendemain matin pour une situation qui se comptait en heures, et partir sans rien préparer, ce qui fait perdre au moins autant de temps que le trajet.
Ce qui ne se surveille pas

| La situation | Pourquoi elle n’attend pas |
|---|---|
| Difficulté à respirer, gencives bleutées ou grises | L’oxygène manque déjà. C’est la seule ligne où l’on part sans finir l’appel |
| Ventre tendu, efforts de vomissement sans rien produire | Chez un grand chien, cela évoque une torsion de l’estomac : quelques heures |
| Convulsions, ou crises qui se répètent | Une crise qui dure ou qui recommence engage le pronostic |
| Impossibilité d’uriner malgré des tentatives répétées | La vessie ne se vide plus, et les reins suivent |
| Hémorragie qui ne s’arrête pas | Le volume perdu compte, et il se voit mal sur un sol foncé |
| Ingestion d’un toxique ou d’un objet | La fenêtre où l’on peut agir se referme vite |
| Traumatisme : voiture, chute, morsure | Les lésions internes sont muettes pendant plusieurs heures |
| Coup de chaleur suspecté | Le refroidissement commence avant l’arrivée, pas après |
| Œil sorti de l’orbite, plaie de l’œil | La vision se joue en heures |
| Chienne en travail sans expulsion | Le temps écoulé depuis les premières contractions décide |
| Abattement profond, chien qui ne se lève plus | Il n’y a pas de diagnostic derrière, et c’est justement le problème |
Les vingt premières secondes au téléphone
Un appel d’urgence se joue au tri. Plus vite la personne au bout du fil situe la gravité, plus vite elle vous dit quoi faire. Donnez ces éléments dans cet ordre, sans raconter la journée.
- 1Le poids du chien et son âge.
- 2Ce qui s’est passé, en une phrase, et l’heure exacte.
- 3Est-il conscient, répond-il à votre voix.
- 4Comment il respire : vite, bruyamment, la bouche ouverte, le cou tendu.
- 5La couleur de ses gencives : roses, très pâles, bleutées, briques.
- 6S’il saigne, et par où.
- 7Ses traitements en cours, et ses antécédents en deux mots.
Dites que vous partez
Ce qu’on prend avant de sortir
- 1L’emballage du produit ingéré, ou une photo de l’étiquette. Le nom commercial ne suffit pas, la composition compte.
- 2La liste des traitements en cours avec les doses, ou la boîte.
- 3Le poids le plus récent que vous connaissez.
- 4De quoi transporter : une caisse pour un petit chien, une couverture ferme ou une planche pour un grand.
- 5Une couverture pour le tenir chaud, y compris en été.
- 6Le carnet de santé, ou de quoi retrouver les antécédents.
Transporter sans aggraver
- Ne redressez pas un chien qui vient d’être percuté : glissez la couverture sous lui et portez-le à plat, à deux si possible.
- Une muselière panier protège tout le monde chez un chien qui a mal, car la douleur fait mordre y compris son propre foyer. On ne la met jamais sur un chien qui respire mal, qui vomit ou qui est inconscient.
- Ne retirez pas un objet planté : il fait parfois office de bouchon. On le stabilise et on part.
- Ne donnez ni eau ni nourriture avant l’avis de la clinique : une anesthésie peut être nécessaire dans l’heure.
- Le garrot est un dernier recours. On comprime d’abord avec un linge propre, fermement, sans relâcher pour regarder.
Ne pas faire vomir sans consigne
Du premier repère à la décision
- Ce qui ne se surveille pas
- Les vingt premières secondes au téléphone
- Ce qu’on prend avant de sortir
- Transporter sans aggraver
Préparer maintenant ce qui servira une fois
Toutes ces situations ont un point commun : elles arrivent à un moment où l’on ne réfléchit pas bien. Ce qui se prépare à froid tient en quatre lignes sur la porte du réfrigérateur, et se fait un dimanche après-midi.
- 1Le numéro de votre clinique, et ce qu’elle fait en dehors des heures : garde sur place, renvoi vers un service, répondeur.
- 2Le numéro et l’adresse du service d’urgences le plus proche, avec le temps de trajet réel, testé une fois.
- 3Le numéro d’un centre antipoison vétérinaire.
- 4Le poids du chien, et qui peut vous conduire si vous ne pouvez pas conduire.
Ce que Babinou ne fait pas
Les maladies évoquées
Ce que c’est, ce qui se voit à la maison, et ce que le vétérinaire recherche. Sans diagnostic.
Les mots employés ici
Leur définition, en deux lignes, sans interprétation.
Sources
4 références utilisées : recommandations de sociétés vétérinaires, consensus et études originales. Le texte distingue une association observée d’un lien de cause à effet démontré.
- RECOVER Initiative — 2024 Veterinary CPR Guidelines (nouvel onglet)
- Glickman et al., 2000 — Non-dietary risk factors for gastric dilatation-volvulus in large and giant breed dogs (PubMed) (nouvel onglet)
- Hall et al., 2020 — Incidence and risk factors for heat-related illness in UK dogs under primary veterinary care (PubMed) (nouvel onglet)
- Merck Veterinary Manual — Toxicities from human drugs and foods in animals (nouvel onglet)
Propriétaire d’un chien suivi pour une maladie chronique, rédactrice santé et examens
Pendant quatre ans, j’ai accompagné une chienne atteinte d’insuffisance rénale chronique. J’ai appris à recopier un compte rendu ligne à ligne, à faire une bandelette urinaire à la maison et à préparer mes questions avant la consultation, parce que je repartais sinon avec la moitié des réponses.

