Le chiot qui mordille : ce qui le fait cesser
Le but n’est pas qu’il arrête tout de suite, mais qu’il apprenne à doser. La progression en trois temps, et les crises de fin de journée.
Par Julien Bassot · · 7 min de lecture

Photographie éditoriale multi-races Babinou choisie pour l’article « Le chiot qui mordille : ce qui le fait cesser ».
L’essentiel
- Mordiller est un apprentissage, pas un défaut. Ce que le chiot doit acquérir est le dosage, avant l’abstention.
- On supprime d’abord les morsures fortes, puis les moyennes, puis tout contact. Vouloir les trois en même temps échoue.
- La crise de mordillement de fin de journée est le plus souvent un besoin de sommeil. Un chiot qui a besoin de dormir ne se calme pas en se dépensant davantage.
- Retirer sa main vivement en criant imite une proie qui fuit : c’est la réaction la plus naturelle et l’une des plus contre-productives.
- On n’attend pas d’un enfant qu’il applique une méthode. Un adulte supervise, ou l’on sépare.
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C’est le motif de découragement numéro un des premières semaines, et la question est le plus souvent posée à l’envers : comment le faire arrêter. Le but immédiat n’est pas qu’il arrête. C’est qu’il apprenne à doser sa mâchoire — ce qu’on appelle l’inhibition de la morsure — parce que ce dosage lui servira toute sa vie, y compris le jour où quelqu’un lui marchera sur la patte.
Ce que le chiot est en train d’apprendre

Dans la portée, un chiot qui serre trop fort voit le jeu s’arrêter net. Le frère se retire, crie, et ne revient pas tout de suite. En quelques semaines, chacun apprend jusqu’où aller pour que le jeu continue. Séparé de sa fratrie, c’est nous qui prenons le relais, avec le même message et une main bien plus fragile.
Un chien qui sait doser reste sûr toute sa vie
La progression, en trois temps
- 1Les morsures fortes. Pendant une à deux semaines, on ne réagit qu’aux serrages appuyés : le jeu s’arrête net, sans un mot, et l’on se détourne cinq à dix secondes. Les contacts légers passent.
- 2Les morsures moyennes. Quand les fortes ont disparu, on abaisse le seuil : tout ce qui se sent nettement arrête le jeu.
- 3Tout contact avec la peau. En dernier, et seulement alors, les dents sur la main mettent fin au jeu, quelle que soit la pression.
Vouloir sauter directement à la troisième étape est l’erreur la plus commune. Le chiot n’a alors aucun moyen de comprendre la différence entre trop fort et un peu trop fort, et il reste dans le tout ou rien, ce qui est exactement ce qu’on voulait éviter.
Le cri qui excite
La crise de dix-huit heures
Un chiot qui court dans le salon, saute, attrape les chevilles et mord tout ce qui bouge en fin de journée n’a pas besoin d’une deuxième sortie. Il a besoin de dormir. Un jeune chiot dort une très grande partie de la journée, et le manque de sommeil produit exactement le tableau qu’on attribue à un excès d’énergie. Ajouter du jeu à ce moment-là aggrave la situation d’heure en heure.
- 1Repérez l’heure : ces crises se produisent au même moment chaque jour.
- 2Installez le chiot dans un endroit calme, sombre et un peu isolé, avec un objet à mâcher.
- 3Ne le laissez pas décider : à cet âge, un chiot fatigué ne va pas se coucher tout seul.
- 4Comptez vingt minutes. Beaucoup de foyers découvrent qu’il s’effondre en trois.
Ce qu’il faut lui donner à la place
- Des objets à mâcher adaptés à son âge et à sa taille, disponibles dans chaque pièce où il vit.
- Des jeux qui passent par un jouet interposé : corde, boudin, peluche tenue à distance. Les mains ne sont jamais le jouet.
- Des occupations alimentaires, qui fatiguent en occupant la mâchoire plutôt que les pattes.
- Pendant la poussée dentaire, quelque chose de froid, sorti du réfrigérateur plutôt que du congélateur : très dur et très froid casse des dents de lait.
- Un jouet dans la poche pendant les déplacements, pour les chiots qui attrapent les chevilles et les bas de pantalon en marchant.
Le parcours proposé dans ce guide
- Ce que le chiot est en train d’apprendre
- La progression, en trois temps
- La crise de dix-huit heures
- Ce qu’il faut lui donner à la place
Ce qui aggrave
Les gestes qui font peur sans rien apprendre
- Les jeux de bagarre à mains nues, qui installent la main comme partenaire de jeu.
- Les gants épais, qui suppriment la sensation et donc le retour d’information.
- Les règles qui changent selon la personne, ou selon la fatigue du soir.
- Le jeu repris dans la seconde après un arrêt : la pause doit être perceptible.
Les enfants
Un adulte supervise, ou l’on sépare
Ce qui n’est pas du mordillement
Un grognement bas avec une posture figée, un chiot qui se raidit quand on approche de sa gamelle, de son os ou de son couchage, ou des morsures qui surviennent hors de tout contexte de jeu : ce n’est pas la même chose, et cela ne se traite pas avec un arrêt de jeu. Ces situations demandent un avis professionnel rapide, et elles se règlent d’autant mieux qu’on ne les a pas confondues avec un chiot joueur pendant trois mois.
Ce que Babinou ne fait pas
Sources
4 références utilisées : recommandations de sociétés vétérinaires, consensus et études originales. Le texte distingue une association observée d’un lien de cause à effet démontré.
- AVSAB — Humane Dog Training Position Statement (nouvel onglet)
- AVSAB — Position Statement on Puppy Socialization (nouvel onglet)
- Kutsumi et al., 2013 — Importance of puppy training for future behavior of the dog (PubMed) (nouvel onglet)
- Stolzlechner et al., 2022 — Puppyhood life events and adult dog behaviour (PubMed) (nouvel onglet)
Propriétaire d’un chien adopté, rédacteur du comportement et de l’éducation
J’ai adopté un chien de six ans dont personne ne connaissait le passé. Les trois premiers mois ont été une succession d’essais ratés, et la seule chose qui m’a permis d’avancer a été de noter ce qui se passait avant, pendant et après chaque épisode difficile.
